Sac à main, lunettes
noires aux yeux, une robe en dentelle, cette femme à la peau basanée franchit
la porte de l’immeuble de la 4ième avenue. Avançant à pas sûrs et
rythmés, avec une élégance faite de beauté et de maquillage, elle capte
vivement les regards et les sens des gens du rez-de-chaussée. Résister à son
charme, hélas ! Il n’y a pas moyen !
Fière de sa personne,
elle longe le couloir qui conduit à l’ascenseur pour rejoindre le bureau des
informations de l’institution. Une fois à l’intérieur de cet ascenseur, tous
les hommes orientent leur regard vers le plafond pour ne pas se laisser
éprouver par cette beauté alléchante. Le simple fait d’être poli pourrait être interprété soit
comme un harcèlement sexuel ou comme un flirt.
Arrivée au troisième, dans un français teinté d’un accent italien,
elle dit bonjour au responsable de l’information ; en l’invitant à son
bureau, on peut lire sur son visage, sans le moindre effort, comme dans un ciel
clair, l’effet de cette femme sur sa personne.
Immigré dans ce pays
d’Amérique du Nord depuis plus une dizaine d’années, du haut de ses 35 ans, les
mœurs, les interdits et la culture de cette zone lui sont routiniers. Mais, en
ce moment, électrisé et confus, bien de notions de bonne conduite se sont
envolées : les anciennes habitudes de faire des compliments à des femmes
remontent rapidement à la surface. Originaire d’un pays caribéen où chanter la
beauté d’une femme s’apprécie, sans hésiter (chasser le naturel, il revient
toujours au galop), d’une voix grave, avec un ton se voulant élégant et
séducteur et les sens en feux, il se permit de porter, selon lui, un
compliment, sur la beauté des jambes de cette belle inconnue…
Vexée au superlatif
pour des paroles considérées comme des compliments dans d’autres pays et sans
poursuivre les intentions qui l’ont amenée en cet endroit, elle commença à
l’invectiver pour ses propos qu’elle juge sexiste. Hurlant de rage, elle
demande à voir le manager de l’institution ; d’un geste brusque, elle tire
son téléphone de son sac à main pour informer son avocat.
Mesurant la teneur de
la situation et le pétrin dans lequel il se trouve, bégaiements, hésitations,
sueurs froides surgissent tout à coup ; le responsable ne sait pas à quel
saint se vouer. Pour calmer les irritations, il commence à formuler des mots
d’excuse, de manière à éviter les suites improbables de cette affaire.
Malheureusement, ses
propos n’arrivent pas à convaincre la belle en furie.
Quelques heures plus
tard, après moultes tergiversations et pour conserver le point d’honneur de
l’institution, l’administration présenta une lettre d’excuse à la femme. Au
regard de ce fait jugé grave et impoli, le Conseil d’Administration dû prendre
la décision le lendemain de licencier le responsable de l’Information sans
tenir compte de ses années d’expériences au sein de l’institution.
Insatisfaite, cette
belle femme décide de porter l’affaire en justice. Après plusieurs séances au
tribunal, notre homme est reconnu coupable et est condamné à trois ans
d’emprisonnement pour harcèlement sexuel. Le vin est tiré…
Sur cette terre
étrangère, saluer la beauté d’une femme peut-être mal interprété et jouer à
l’apprenti de Casanova peut mettre fin à n’importe quelle carrière dans une
cellule pénitentiaire. Les remarques sur l’apparence physique peuvent
rapidement être taxées d’attitudes sexistes de nos jours sans oublier l’usage
des termes apparemment affectueux comme « ma biche, cocotte, etc. »
Ce qui dans le temps était dénommé
« courtoisie »
envers les femmes par certains, semble être devenu un délit, labélisé sous le
nom d’ » harcèlement sexuel » ;
les choses ne sont plus les mêmes qu’autrefois… !
Jeff Valbrun (Influencer)

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